Isabelle est une femme de caractère, aux alentours de la cinquantaine à l’époque de la séance. D’un naturel curieux et avec le goût de l’aventure, elle a préparé pour ce jour un certain nombre de questions et une liste assez réfléchie de points plus ou moins délicats. Ceci augure une expérience intéressante, placée sous le signe de la sincérité. La communication est fluide et plaisante, ce qui aide toujours.
Cette séance est déjà ancienne, et ma pratique a évolué depuis ; aujourd’hui j’aurais certainement accompagné le développement de la séance de façon différente, posé davantage de questions, approfondi certains points. En tout état de cause, le praticien trouve toujours à s’améliorer au fil des séances, et surtout -ce qu’il est parfois difficile de faire comprendre, mais ne doit pas être oublié- c’est le Subconscient qui détermine leur déroulement.
Je remercie chaleureusement Isabelle d’avoir accepté de partager son expérience, même si j’y ai changé les noms et en ai retiré ce qui me semblait être par trop personnel. Ce qui suit n’est pas la transcription détaillée de sa séance, mais une reformulation synthétique, que j’espère néanmoins suffisamment fidèle.
La séance d’Isabelle commence dans l’univers de son enfance, introduction tranquille et rassurante.
Sa rue, les voisins, les commerces, la maison, dont la porte est juste là…
Nous entrons dans la maison, en visitons donc les pièces, voyons s’il y a des personnes (en l’occurrence, les parents, une amie, des frères et sœurs…), dans cet espace finalement assez familier… Ce faisant, nous entrons aussi tranquillement et plus profondément dans l’expérience. Une fois que nous avons fait le tour de ce que cette scène semblait devoir apporter, je suggère à Isabelle de quitter ce moment, et de passer à un jour important de cette vie. Isabelle s’oriente tranquillement dans cette nouvelle scène, puis…
« J’ai une image, euh, totalement bizarre… (-Hmhm ?) J’suis à l’école… »
Et nous explorons le contexte. A l’école primaire, une prof sévère, de petits actes discrets de résistance comme de passer sous le tableau plutôt que d’en faire le tour en entrant, un racisme latent probable chez la maîtresse, dirigé vers certains élèves… Nous explorons ici, à nouveau, un moment où il ne se passe pas grand-chose, mais situable dans le passé d’Isabelle, bien avant le jour de la séance. Je suggère à Isabelle de quitter cette scène, pour passer à un autre moment et un autre endroit susceptibles d’être intéressants.
Et…nous nous retrouvons dans un autre pays. Dans cette séquence, Isabelle est une toute petite fille, d’à peu près trois ans. Il y a une alerte au bombardement ; il faut se mettre à l’abri. Mais c’est comme un jeu… Si jeune, Isabelle se sent déjà un peu responsable. Nous passons à une autre scène.
Dans celle-ci, nous nous retrouvons avec une dame qui -dans cette séquence- est la mère d’Isabelle. Enceinte, elle monte dans un bus. Elle est énorme, a une petite robe d’été… Mais le bus explose… Heureusement, la maman avait une bonne étoile, et s’en tire très bien, elle a le regard un peu hébété, mais elle n’est pas blessée. L’essentiel de ce qui devait être montré à Isabelle semblant l’avoir été, nous pouvons poursuivre notre voyage…vers un autre jour important.
Nous ne reviendrons pas sur ces premières séquences, je les mentionne juste pour donner un exemple plus complet de ce qui peut émerger en séance.
…Dans cette nouvelle scène, Isabelle voit celui qui est ici son grand-père, dans une maison en bois…Ses enfants semblent à la fois morts et pas morts, quelque part entre les deux…Isabelle peut les voir, pas sûr que le grand-père puisse. Ils ont l’air d’avoir 3-4 ans, ils apparaissent en noir et blanc. Autour, c’est austère. Ils flottent à moitié. Ils ont l’air préoccupés. Pour Isabelle, « Ils sont en train de mourir… ». Je lui passe des suggestions pour prévenir tout inconfort émotionnel. Isabelle déclare : « C’est comme s’ils brûlaient sans brûler ». Il n’y avait pas d’autres personnes en dehors du grand-père, impuissant, stoïque, défaitiste. Tout semble se passer dans une pièce unique, rondins de bois, petites fenêtres, c’est la nuit. Dans cette maison, il n’y a guère que des fantômes, des personnes qu’Isabelle ne parvient pas à identifier, pas gentilles. Personne d’autre d’incarné. Les enfants ont la présence d’un souvenir ; ils dansent dans les flammes.
Nous passons à un autre jour important, où il se passe quelque chose.
Isabelle, incrédule et surprise, voit Napoléon, surtout son chapeau. Il est à cheval. Autour, c’est un carnage. C’est en plein dans la bataille. Dans cette scène, « Isabelle » se sent dans un corps masculin ; elle voit qu’elle porte des bottes, de cuir « avec des petits boutons » (pas très tenue de cavalier). Elle porte un pantalon serré, bleu… Elle porte aussi un bicorne. Elle est à cheval, elle tient les rênes (des doubles rênes). Le tapis de selle a une sorte de motif écossais rouge et noir. (Cela ne me semble guère réglementaire ; peut-être un tapis récupéré ou une schabraque fantaisiste, ou un contraste de couleurs « un peu à la manière de » ? Ou peut-être ne s’agit-il pas d’un officier en service ?). Son cheval est « marron ». Tout se passe sur une très vaste plaine entourée de forêts. Il y a plein de gens partout. C’est plutôt la fin de la bataille. Il y a beaucoup de morts, du sang. Isabelle se sent d’un tempérament très guerrier, très vaillant… Il y a une victoire, mais pas de joie, de réjouissance, c’est simplement le métier de la guerre. Je lui demande où sont les autres officiers… Voit-elle Napoléon ? « Oui, juste à côté… ». Il n’a l’air ni vraiment concentré, réjoui ou perplexe, mais « déterminé ». Elle semble lui parler, lui faire une sorte de rapport, de point. Elle encourage, soutient le moral des guerriers et des officiers.
Nous quittons cette scène de bataille pour un autre jour important.
…Isabelle se retrouve à Massada. Des maisons en pierre… des gens habillés de textile un peu grossier, comme de la toile de jute… Il y a des hommes et des femmes. C’est le jour, ça grouille de gens, il y a des marchés… Dans cette séquence, « Isabelle » porte des sandales de cuir. Elle est un homme, plutôt en bonne santé, dans la trentaine, les cheveux, propres, sel et poivre. Elle porte une tenue en tissu plutôt un peu grossier, rugueux, mais propre. Dans les mains, elle a un outil pour travailler le fer, mais n’en sait pas beaucoup plus. Elle n’habite pas loin, derrière l’atelier du forgeron. La construction est un mélange de terre et de pierre, plutôt petite, avec une porte en bois. Il n’y a pas grand-chose d’autre qu’une paillasse. Pas de table. C’est juste la chambre, elle n’y prend pas ses repas. Au déjeuner, elle est dans une sorte de taverne, un endroit collectif, où « on mange tous ensemble » avec d’autres gens, d’autres artisans de Massada. On mange (indistinct) des espèces de soupes, de ragoûts (avec des haricots blancs ?…) avec des cuillers en bois, et on boit de la bière. Dans la journée, elle s’occupe d’animaux, notamment d’un mouton, comme si c’était un ami. Ni femme, ni enfants, elle vit seule. Elle est plutôt solitaire, taciturne.
Nous quittons cette vie, et passons à une autre expérience.
Et cette nouvelle séquence a lieu la nuit. Il y a des lumières qui bougent ; une femme se sauve en calèche… Isabelle sent que c’est elle, cette femme qui s’enfuit… Elle fuit un petit château tout simple, avec deux étages, tout en pierre, avec des tours aux quatre angles… Elle s’enfuit seule avec son cocher…
Mais là, Isabelle me dit qu’elle « a quitté ce corps, désolée ». Je pense qu’elle est peut-être décédée, dans cette expérience, mais comprends rapidement qu’elle a fait ce qui se produit parfois en séance : du « leap-frog », elle a sauté inopinément dans une autre expérience. Elle a quitté celle-ci et se retrouve maintenant « au shtetl », dans un village en Pologne. Des Juifs orthodoxes dansent et prient. Il y a une fête. Tout le monde est joyeux. Elle assiste à la scène sans se sentir dans un corps. Elle ne connaît pas ces gens, mais les sent familiers, comme s’il s’agissait d’ancêtres, d’une famille lointaine. Les choses se précisent ; il y a une naissance, et elle est le père du bébé, il se sent fier. Pas de maman ici ; il n’y a que les hommes…Les femmes sont de leur côté, derrière un rideau… L’enfant est un fils, c’est ce qu’il fallait avoir, mais le père est un peu déçu de ne pas avoir eu une fille.
Je suggère à Isabelle de continuer d’explorer cette vie, et de passer à un autre jour important de cette vie.
Elle se retrouve dans la peau d’un jeune garçon qui fait sa Bar-Mitsvah. Mais des officiers attaquent pour gâcher la fête. (Indistinct ; ils portent peut-être des chapeaux avec des « plumes »). Ils sont à cheval, portent des sabres. Ils ne viennent pas tuer des gens, mais leur faire peur. Autour, il y a beaucoup d’arbres, des feuillus, il fait froid. Il y a de la neige, c’est plutôt beau.
Pour ne pas s’appesantir sur cette journée un peu gâchée, je suggère à Isabelle de poursuivre l’exploration en passant à un autre jour important de cette vie. Et là…
…Là, ce qu’il lui vient, c’est… « Il y a une sorte de brique rouge… », en fait « comme un monolithe », pas grand grand, mais juste là, incongru. Et là, il y a des animaux, des genres de lézards. Et il fait chaud, d’un genre de chaleur sèche « comme au Far-West », et des plantes, un peu comme des palmiers… Et dans cette expérience, Isabelle sent qu’elle est un de ces lézards, mais un gros lézard, un peu comme une sorte de dragon, peut-être comme les dragons de Komodo, ou un varran… Ils ont des griffes. Elle se sent bien, là…elle grimpe sur la « brique », qui est bien chaude sous le soleil… Elle est le dominant, le chef ; les autres sont installés plus bas…
Je ne sais pas trop quoi faire de plus de cette expérience, où la sieste au soleil a l’air de pouvoir se prolonger longtemps -même si le Subconscient a nécessairement une raison de mettre cette expérience en avant- et je suggère à Isabelle de quitter cette scène intéressante, pour trouver un autre temps et un autre lieu qui pourraient lui apporter des informations utiles…
Et ce qui vient à Isabelle : « Je vois les pyramides d’Egypte ». Nos voyages ne sont pas terminés ! Isabelle voit une reine égyptienne, qu’elle prend d’abord pour Nefertiti. C’est indistinct, mais quant à elle, elle porte des sandales, un pagne très serré, long et très cintré, et une sorte de pectoral ornemental. Elle se sent femme. Elle est « très très maquillée, avec une coiffe » en arc de cercle. Je lui demande : « Et que fais-tu ce jour-là ? » Isabelle répond : « Je suis méchante… Je donne des ordres… ». Elle n’est pas la reine, dit-elle, mais voudrait l’être. Elle donne des ordres aux serviteurs, irrationnellement, juste pour marquer son autorité. Elle fait partie d’une famille de dignitaires. Elle habite dans un palais qu’elle qualifie de taille moyenne, non loin des pyramides. L’environnement des pyramides est désertique, et il n’y a pas de sphinx. Son palais est au fond à droite par rapport aux pyramides. Quand on est face au Nil, avec ces dernières dans le dos, le palais est aussi dans notre dos, à gauche. Elle est encore jeune, 25 ans. Son père a beaucoup de pouvoir ; il est lié à la famille royale. Dans la journée, elle ne fait « rien ». Elle ne semble pas mariée.
La séance a bien avancé, et nous approchons du moment où il serait bon de contacter plus directement le Subconscient. Je lui suggère de quitter cette scène, et d’aller au dernier jour de cette vie que nous observons, pour faire l’expérience du passage.
… Dans cette séquence, elle est blessée. Elle a comme une petite tornade d’énergie autour de son genou, 30, 40 cm. Elle est assise par terre. Elle n’est pas très âgée. Il n’est pas évident de savoir ce qui s’est passé, mais je lui passe une suggestion pour que ce qui doit se passer se passe, et qu’elle puisse considérer sa vie avec du recul, depuis l’autre côté. Le but de cette vie, sous cet angle, ce qu’elle devait en apprendre, pense-t-elle, c’était de « faire attention ».
Vient le moment de savoir ce que le Subconscient peut nous dire, de tout ce que nous avons vu dans cette séance.
DISCUSSION AVEC LE SUBCONSCIENT
Le Subconscient d’Isabelle s’exprime avec une certaine discrétion, une réserve qui pourrait détonner avec l’expansivité d’Isabelle dans sa vie quotidienne. Dans ce qui suit, vous trouverez quelques questions que je pose au Subconscient, et ses apports. Toutes les scènes ne sont pas traitées, j’ai pris la liberté de retailler ce qu’il n’était pas nécessaire de présenter dans le cadre de cet article.
… Pourquoi avoir choisi de présenter à Isabelle la vie où l’on voit son grand-père ? Pour enlever le chagrin ; il y en avait beaucoup. Il faut accepter, c’est comme ça ; pas nécessairement chercher davantage d’informations. C’était important, mais il faut accepter que ce qui s’est passé est passé, laisser ça derrière.
Et la vie de militaire, aux côtés de Napoléon ? Pourquoi avoir choisi de montrer cette vie-là à Isabelle ? « Parce qu’elle est forte. » Je demande alors « en quoi cela concerne-t-il sa vie d’aujourd’hui ? » En fait, cette force n’est pas chez les autres, mais en elle, à l’intérieur ; elle a sa propre force, et accès à sa propre force ; et elle l’a déjà montré. Il lui faut ne pas douter de sa propre force.
Nous sommes aussi allés à Massada. Pourquoi avoir choisi de présenter cette vie à Massada, à Isabelle ? Ce sont les origines, cette vie de forgeron. En quoi cela concerne-t-il sa vie d’aujourd’hui ? …La communauté, apparemment, est importante ; ces gens qui vivent ensemble… Être avec des gens comme nous, être avec des gens, le fait de pouvoir partager et échanger.
Nous avons vu aussi une vie où Isabelle s’échappait en calèche d’un château… On peut se demander, parmi toutes les vies qui auraient pu être montrées à Isabelle, pourquoi le Subconscient a choisi cette tranche de vie ; je pose donc la question. Là, Isabelle laisse couler des larmes, une émotion remonte, et je lui passe une suggestion pour l’aider à moduler son ressenti. Elle peut librement laisser couler l’émotion à l’extérieur, sans gêne. La raison pour lui avoir montré cette vie-là, c’est qu’elle pouvait comprendre qu’il était possible de quitter le confort et la facilité pour une vie différente, être libre, vivre autre chose ; et c’était effrayant de partir.
Nous avons vu aussi une vie où des gens dansaient dans un stetl pour accueillir la naissance d’un enfant, et dans cette vie, Isabelle était le père de l’enfant. Je demande bien sûr pourquoi avoir choisi de présenter cette vie à Isabelle. Le Subconscient répond : « Y a de la joie partout ! Même quand c’est difficile… »
Nous avons vu aussi une vie où un jeune garçon, nouvel adulte, passait sa bar-mitzvah ; et la fête était gâchée par des soldats qui venaient pour embêter les gens. Pourquoi avoir présenté cette vie-là à Isabelle ? Le message, c’était ici aussi de ne pas avoir peur. Après tout, plus tard, celui qui était ici encore un tout jeune homme a eu un enfant, cet enfant dont la naissance était célébrée…dans la séquence d’avant ! Au fond, la joie revient, même quand on a eu peur ; il faut donner sa chance à la joie…
On voit ici combien le Subconscient est brillant, et l’on imaginerait mal que ce soit l’esprit conscient d’Isabelle qui, dans son état de relaxation profonde, soit en mesure d’élaborer – dans un ordre aléatoire – un scénario si cohérent dans son ensemble…
Nous avons vu aussi une vie en Egypte ancienne, en tant que femme dignitaire, une femme pas forcément très gentille, mais qui était ce qu’elle était. Qu’est-ce qui était à comprendre, dans cette vie-là ? Eh bien, le message, c’était : de ne pas être comme ça, capricieuse, autoritaire, méchante. Il ne faut pas, il faut prendre sur soi ; on peut toujours s’améliorer, en faisant attention, en réfléchissant, en ne se laissant pas aller.
Suivent des questions plus personnelles et des réponses qui, concernant spécifiquement Isabelle, n’apporteraient pas nécessairement à l’aimable lecteur. Par souci de confidentialité, je n’en dévoilerai naturellement pas la teneur. Isabelle a pu obtenir des conseils d’hygiène de vie, un point sur ses besoins profonds à ce stade de sa vie, un regard autre sur ses projets. Le Subconscient a pu lui apporter son point de vue sur ses problématiques de tous ordres, avant de conclure avec bienveillance la séance par une exhortation à l’indulgence, un appel à trouver le meilleur en autrui comme chez soi, à savoir s’écouter et s’aimer.

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