Deuxième séance de QHHT de Michel (partie 2) : la peur des adultes, de l’imprévisible… et de sa propre puissance

A : Très bien, suis ce visage d’éléphant… Qu’est-ce qui se passe avec cet éléphant ?

M : Ben, il est là, il est face à moi, ‘fin je visualise son visage, ‘fin c’est… c’est flou [quelques mots indistincts] et il est là…

A : Oui ? Et est-ce que c’est grand ? Est-ce que c’est un éléphant comme dans la nature ou est-ce que c’est plutôt une image d’éléphant ou…?

Et là, on voit qu’il faut être attentif à formuler des questions aussi ouvertes que possible, car dans ce contexte, l’explorateur peut être très sensible à la puissance d’évocation des images, aux suggestions diverses, volontaires ou non :

M : Ben là j’en vois un dans la nature maintenant mais avant c’était plus une image d’éléphant…oui, un peu flou, je visualise pas encore bien, euh…

A : Oui ? Les images vont se clarifier à mesure que tu décris ce qui vient, ce dont tu deviens conscient…

M : …et je, j’vois juste son visage en fait…

A : Juste un visage…d’éléphant ? Hmhm ?

M : …avec ses grandes oreilles et… (- Hmm ?) son grand front, sa trompe, ses défenses…

A : Hmhm ? Très grand ? Un peu grand ?

M : Pas très grand non… (- Pas très grand ?) … C’est un peu comme si on était tête à tête, en fait…

A : Hmhm ? Tête à tête ?

M : Hm, ‘fin comme si nos deux têtes étaient très proches l’une de l’autre.

A : Hmhm ? …Très très bien… Est-ce que tu peux voir le sol, de là où tu te trouves ? ( -… [net] Non.) Non ? Est-ce que tu sens ton corps ?

M :  [net] Non (- Non…). Y a juste les deux têtes, côte à côte.

A : Juste deux têtes. Et alors, est-ce que tu sens une texture, une chaleur ? Comment décrirais-tu ce tête à tête ? Qu’est-ce que ça fait…ce tête à tête avec ce visage d’éléphant ?

M : …C’est un peu rapeux… (- …Hmhm ?) … … … [quelque chose vient] Hmm… Y a le visage de mon père qui se superpose…

A : Hmhm ? comme le visage de ton père qui se superpose…

M : Hmm… … En fait y a…y a deux visages de mon père ; y a un visage très joyeux (- Oui ?) très souriant et un visage très dur… (- Oui…) Comme si c’étaient deux hommes différents… … [bruits inhabituellement forts de camions-poubelles dans le fond]… Hm… …et comme si je ne savais jamais auquel j’ai affaire…

A : Hmm ? … …Et dans ce « tête à têtes », que se passe-t-il encore ? 

M : …Il y a comme une sensation un peu, quand je respire, qui lance dans le coeur à droite…

A : Hmhm ? … … [Bruit de sirène, à l’extérieur, et là-dessus s’ajoute le signal de recul d’un camion qui n’en finit apparemment pas de manoeuvrer… Je me dis : « Sérieusement ? », mais il faut rester calme et poursuivre comme si de rien n’était. Et tout se poursuit effectivement comme si de rien n’était.] Et avec cette sensation ? Continue de décrire, c’est bien…

M : …En fait, c’est pas à l’inspiration, c’est plutôt à l’expiration…

A : A l’expiration, oui ?

M :…Ca lance, à l’expir… (- Ca lance à l’expir) mais c’est c’est subtil, c’est… (- Hmm ?)…. [Grande respiration profonde et calme… Et ce camion, à l’extérieur, qui sonne, qui a l’air de devoir faire toute la ville à reculons, et de prendre toute la journée pour ça…]…

A : Hmm ? Est-ce qu’il y a des sentiments qui accompagnent ces sensations ? …Ou… des images, ou des sons… ?

M : Ben, y a y a… En fait, il y en a un que j’aime et il y en a un que j’aime pas… [De toute évidence, Michel est bien dans l’expérience]

A : Hmm ? Quels sont-ils ?

M : Hmm… Ben j’aime bien ce visage souriant, joyeux (- Oui ?) […Et ce fichu camion qui pourtant loin en bas donne l’impression qu’il va nous reculer dessus, en sonnant encore et encore…]…et j’aime pas ce visage dur, menaçant… imprévisible…

A : Hmhm… …Ce visage imprévisible, hmhm ?  …Est-ce qu’il te vient encore quelque chose dans ce tête à tête ?

M : Hm, là j’ai des frissons (- Hmhm ?) [- Frissons prononcés et baillements]

A : [Ici, je donne quelques suggestions à Michel pour l’aider à moduler son expérience au mieux de ses intérêts, pour accéder aux informations utiles sans gêne inutile]…Très bien [suite des suggestions]. Est-ce qu’il te vient encore quelque chose, dans ce tête à tête ?

M : [Grand souffle] … … … Euff, c’est comme un… Y a une part de moi qui a envie de…de descendre, d’aller plus loin et… (- Hmhm ?) de liberté, de libérer et il y a une autre qui… qui se pétrifie et qui… [très grand baillement] qui a envie de fuir (- Hmhm ?), qui a envie de prendre ses jambes à son cou et de se barrer.

A : Hm. Très, très bien. Très, très bien. Eh bien, si tu as fait le tour de ce que cette scène t’apportait, maintenant, [ici, je suggère à Michel de quitter cette scène, et de passer à une autre où il obtiendra des informations utiles] …Que vois-tu ?

M : Je vois une croix… (- La croix… hmhm ?) Je ne sais pas situer dans quel temps ou dans quel lieu, mais je vois juste le symbole de la croix.

A : Hmm ? C’est très bien. Très, très bien. Est-ce qu’il y a quelque chose autour ? Les choses vont se clarifier à mesure que tu explores la scène, que tu parles et que tu explores la scène tranquillement… Il y a la croix…

M : [Grand souffle] Il y a la croix et il y a l’église (- L’église…) y a l’église de mon enfance à XXX. (- Hmhm ?) …le prêtre, l’Abbé XXX… (- Hmhm ?) Oh ‘fff, il y a une tension dans le ventre, y a un peu de peur… (- Hmhm ?) C’est un grand, grand monsieur, …une armoire vosgienne [amusé, pour donner une idée. Grandes et calmes respiration]. Il est, il est, lui aussi, il est pas toujours drôle hein…

A : Hm. Il est sérieux.

M : Lui aussi, il est sérieux, et parfois il est menaçant et… (-Hmm…) et parfois il sourit, et là, il est joyeux, oui… (-Hmhm) Quand on chante, c’est plutôt joyeux, oui. (- Hmhm ?) [soupir] Il y a des fois, il est pas rigolo, hein… [soupir]

M : Hmm. Comme un peu…strict ? Comment dirais-tu ?

M : Un peu austère, hein…

A : Austère…austère, hm ? …Un peu austère ? Et que se passe-t-il encore ?  …Ce jour-là ?

M : [Baillements] Oh, il veut toujours que je lise l’Evangile, fff [ennuyé et amusé]…

A : Ohh. Et ça ne te plaît pas de lire l’Evangile ?

M : Ben, j’aime bien parce que tout le monde me regarde, et en même temps…ça fout un peu la pression, hein…comme ça, d’être sous le regard des adultes… de jouer le rôle d’enfant parfait, toujours là pffff…

A : Hmhm ? Et ce jour-là il y a beaucoup de monde ?

M : Oui, il y a du monde oui… (- Et comment te sens-tu ?) c’est une petite église…

A : Une petite église, oui. Et donc, il y a vite beaucoup de monde pour la petite église.

M : Oui, c’est quelques dizaines de personnes (- Hmm ?) tout au plus.

A : Quelques dizaines ? Et qu’est-ce que ça fait comme ça de lire les évangiles, devant ces dizaines de personnes, dans cette petite église, avec le prêtre qui est…qui est là ?

M : Oui, c’est vrai que j’aime bien quand on m’écoute. (- Hmm ?) J’aime bien donner de la voix.

A : Donner de la voix, hmhm ? Est-ce que tu préfères lire ? Est-ce que tu préfères chanter ? Comment est-ce que tu préfères donner de la voix ?

M : Moui j’aime bien donner de la voix en lisant, en chantant…

A : Hmhm… De la voix ? Est-ce que c’est important ? Est-ce que les gens t’écoutent ? …Est-ce qu’ils ont l’air de bien aimer quand tu donnes de la voix ?

M : Ben je, ouif, j’ai l’impression, oui…

A : Oui, hmhm ? Et là par exemple, est-ce que c’est pendant une messe ou est-ce que c’est… un moment de prière ? Qu’est-ce que ce serait ?

M : Hm, c’est pendant la messe.

A : Pendant la messe, oui, hmhm… Et toi, qu’est-ce que tu portes sur toi ?

M : Ben, je suis enfant de chœur, j’ai une aube… blanche…

A : Oui, une aube blanche, oui. Est-ce que tu es plutôt grand, ou est-ce que tu es… ?

M : Non, j’ai neuf ans…

A : Oui, mais en taille, est-ce que tu serais plutôt un enfant grand, un enfant bien, un enfant petit ?

M : Non, je ne suis pas très grand… (-Pas très grand…Hmhm ?) Il y a des plus grands que moi hein… (-Hmhm) Ça m’impressionne.

A : Il y a d’autres enfants ? (- Oui.) Beaucoup ou quelques-uns ?

M : Oui beaucoup. Y a tous les enfants du cathé…

A : Tous les enfants sont là, tous les enfants du cathé ?

M : Afff… Je suis toujours impressionné par les plus grands que moi.

A : Hmm… Oh, ça impressionne un petit peu… Est-ce qu’il y en a d’autres qui lisent ou qui chantent ?

M : Oui, on chante tous ensemble (- Oui ?) mais… il n’y en a pas beaucoup d’autres qui lisent.

A : Hm. Et comment te sens-tu quand vous chantez tous ensemble ?

M : Ben, j’aime bien. J’aime bien ces chants. Je m’en souviens encore. (-Oui ?) Il y en a qui me font…qui me font pleurer… qui me donnent de l’émotion, et puis il y en a qui me rendent joyeux.

A : Ces chants, comme des cantiques… Est-ce que tu préfères les chants que tu chantes à l’église ou les chants en général ?

M : Hm, j’aime bien la musique en général. (- La musique en général.) Mes parents, ils écoutent beaucoup de musique. (- Ah oui ?) C’est bien, j’aime bien.

A : Hmhm ? Et est-ce que tu chantes beaucoup, ou est-ce que tu joues d’un instrument ?

M : Non, je chante juste à…à…à la messe, (-Hmhm ?) ou au cathéchisme.

A : Hm ? Est-ce que tu chantes quand t’es pas à la messe ou au cathéchisme ?

M : Pffiou… Ah, peut-être un petit peu avec ma mère.

A : Oui, un petit peu. Pas plus que ça. (- Hmm) Parce que ta mère, elle aime bien chanter ?

M : Ma mère, elle aime bien la musique. Elle aime bien, hhunn, elle aime bien…les opéras.

A : Hmm… Les opéras, c’est un peu aut’ chose hein ?

M : Elle aime bien… Maria Callas.

A : Maria Callas, oui, hmhm. Est-ce qu’il y a d’autres personnes dans la famille qui aiment bien la musique comme ça ?

M : Oui, mon père il aime bien. (- Hmhm) Il aime bien le jazz, mon père.

A : Le jazz… Et toi, est-ce que tu as des préférences, dans tout ça ?

M : Hhnn. [amusé] J’aime bien Emilie Jolie.

A : Emilie Jolie, bien… Emilie Jolie, c’est sympa aussi, hm. Mais quoi, parce que c’est euh…c’est la comédie musicale, ou c’est les airs, les chansons ? Qu’est-ce que tu préfères ?

M : Non, j’aime bien, j’aime bien les airs. J’aime bien le (- Les airs, oui…) le voyage, j’aime bien c’est…elle rencontre plein de personnages et… puis c’est des belles chansons… (- Eh oui) Et puis j’crois qu’en fait j’écoute avec ma maman. (-…Très bien). Et on les chante aussi… Je crois qu’on les chante tous les deux oui…

A : Hmhm… Et est-ce que tu es toujours dans l’église, ou… ?

M : Non, je suis dans la maison.

A : Dans la maison…Très bien. Qu’est-ce qui se passe dans la maison ?

M : En bas justement, on écoute la musique, c’est calme.

A : C’est calme ? Vous écoutez de la musique, hmhm. Est-ce que c’est plutôt le jour, ou plutôt la nuit ?

M : Le jour. (-Le jour) Il y a plein de lumière.

A : Lumineux, hmm… dans la maison, et qu’est-ce qui se passe encore dans ce moment-là ? …Dans la maison, où vous écoutez de la musique…

M : Ben, là, ce qui me vient en fait, c’est des… c’est calme et c’est bien, c’est paisible… C’est pas comme quand l’aut’ i’ s’ramène, là, […].

Dans ce passage de l’exploration émergent des souvenirs familiaux plus inconfortables.
Michel revisite la présence d’un proche dont les comportements imprévisibles, négatifs et émotionnellement envahissants ont profondément marqué l’atmosphère familiale de son enfance.

Ce qui apparaît alors n’est pas seulement la souffrance d’avoir vu sa mère affectée par cette relation, mais aussi la découverte d’une colère immense en lui-même — une colère protectrice, longtemps contenue, et dont la puissance l’avait profondément effrayé. Derrière une grande prudence relationnelle chez Michel se trouve peut-être une peur ancienne des adultes, de l’imprévisible… et même, semble-t-il, de sa propre force intérieure. Mais ce ne sont là que des conjectures, nous verrons plus tard ce que le Subconscient peut nous dire…

Ici, je suggère à Michel de changer de moment et de lieu pour continuer librement son exploration.

A : Que se passe-t-il ? Que vois-tu ? De quoi deviens-tu conscient ?

M : …C’est marrant parce que j’ai… une double image et je vois mon gilet de trail. Et je vois aussi euh… XXX, qui m’a formé au coaching.  … Et en fait, j’ai peur de lui… (-Hmhm ?) … Et en même temps, il y a quelque chose qui me fascine dans…dans son verbe…  … J’aimerais bien savoir parler comme ça…

A : Oui… Très très bien… Et est-ce que tu vois une scène en particulier ? Est-ce que…est-ce que tu es dans un endroit, est-ce que… ?

M : Là, je vois cette scène et pt’êt’ que… (- Très bien.) Je vois une scène où i’ m’ regarde, où il plante ses deux yeux comme des têtes d’épingles, et i’ m’dit pourquoi tu plonges pas dans ta nappe phréatique, plutôt que de régler les robinets ? [amusé]

A : Oui… pourquoi tu plonges pas dans ta nappe phréatique, au lieu de régler les robinets ? Oui, très très bien…  … Et tout simplement… en restant sur cette ligne, et justement en s’autorisant à plonger tranquillement…ou pas, à plonger tout simplement dans ta nappe phréatique et…ne pas te préoccuper de régler les robinets…les robinets seront réglés…tout en plongeant dans ta nappe phréatique, comme tu sais le faire, en plongeant dans ta nappe phréatique, que se passe-t-il ? Qu’est-ce qu’il te vient ?

M : Eufff… … Je sais pas, c’est euh… (- C’est un bon début, c’est très bien) … … …C’est comme si en fait il y avait quelque chose de l’ordre de toute la peur des adultes en fait, toute la peur de l’enfant vis-à-vis des adultes qui euh… ‘fin toute la peur de l’enfant vis à vis des autres, par peur de l’autre… (- …Très bien…)… qui se… L’autre est pas fiable, fff… … C’est difficile de… d’accorder sa confiance…

A : Oui. C’est difficile d’accorder sa confiance, oui.  Et si tu laisses émerger ce qui doit émerger, qu’est-ce qui émerge lorsque tu… penses à cette question de confiance ? Et tu n’as pas besoin d’analyser. Tout simplement laisser venir la première chose qui te vient. 

M : …Ben c’est…c’est dangereux.  (- Très bien…)… C’est dangereux, c’est physiquement dangereux… (- Continue…) … J’ai pas envie qu’on fasse du mal, hein…  … J’ai pas envie qu’on me fasse faire des choses que j’ai pas envie de faire…

A : C’est quelque chose… dont tu es à l’abri, dans cette bulle d’expérience… Parce qu’ici on ne t’obligera pas à faire quoi que ce soit que tu n’aies pas envie de faire… Est-ce qu’il te vient quelque chose où on t’aurait obligé à faire quelque chose que tu n’as pas envie de faire ? Est-ce qu’il y a juste la peur ?

M : [soupir]… (- Très bien) … Ben, je revois des images de parcours du combattant…

A : Hmm, de parcours du combattant, oui…

M : Ramper… … Très bien, très bien…Eh bien, maintenant, de façon tout à fait légère, tu peux simplement laisser cela de côté, laisser ces scènes, où… sur les parcours du combattant, tu avais à ramper. Et maintenant, éloignons-nous de cette vie…

Vient le moment de contacter plus directement le Subconscient de Michel, pour entendre ce qu’un autre regard peut nous aider à comprendre de tout ce qui a été exploré ici, et à mettre en perspective les expériences de Michel dans sa vie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *